Le lipofilling, cette injection de graisse en chirurgie et médecine esthétique, sert à combler ou accentuer une zone.
Rien ne se perd, tout se transforme. Et parfois change de place. Un ventre un peu proéminent peut devenir un beau postérieur. C’est le principe du lipofilling -ou réinsertion de graisse. Cette méthode de chirurgie esthétique trône désormais dans le top 5 des techniques les plus pratiquées dans le monde, selon un rapport du congrès européen de l’esthétique médicale et chirurgicale (IMCAS).

Elle n’est pas nouvelle. « Du milieu des années 90 jusqu’au début des années 2000, cette technique, que l’on appelait autrefois ‘transfert de graisse’, était surtout utilisée pour la chirurgie réparatrice et plus précisément la reconstruction du visage de patients sous trithérapie », se souvient le Dr Franck Benhamou, chirurgien esthétique à Paris et auteur de l’ouvrage Les Prothèses mammaires en 100 questions (éd. Grego).

Pour autant, depuis un peu plus de dix ans, la localisation des lipofilling et les quantités injectées ont évolué. « C’est devenu une pratique courante pour l’augmentation des seins, des fesses, et le rajeunissement par comblement de certaines zones du visage », ajoute Gilbert Vitale, chirurgien plasticien, président de la Société française des chirurgiens esthétiques plasticiens.

Prélever « le caviar de la graisse »

La graisse est prélevée par lipoaspiration, sous anesthésie locale ou générale. « Elle est ensuite placée dans une centrifugeuse qui va la purifier et permettre de ne garder que le meilleur de celle-ci. On estime que sur trois à quatre litres prélevés, on ne gardera que 800 millilitres », détaille le Dr Benhamou. Un chiffre qui varie en fonction de la morphologie des patients. « On n’obtiendra pas la même quantité de ‘bonne graisse’ chez des femmes de 50 et 90 kilos par exemple. »

Les patientes cherchent également à affiner d’autres parties de leur corps : ventre, hanches et culotte de cheval. Des zones plutôt propices à l’opération, reconnaît le spécialiste. « La graisse y est de meilleure qualité, c’est-à-dire qu’elle contient très peu de sang, détaille-t-il. Le premier litre, c’est le caviar de la graisse ! Progressivement, elle perd en qualité car il peut y avoir quelques saignements au fur et à mesure que l’on s’approche du muscle. » C’est ce fameux litre qui est réinjecté en priorité chez le patient. « Impossible d’utiliser la graisse de quelqu’un d’autre pour se la faire injecter, en raison des risques de rejets », précise le Dr Vitale.

Dans environ 30% des cas, la graisse est récupérée lors d’une liposuccion puis réinjectée à la demande des patients, estime le Dr Benhamou.

L’équivalent d’une canette de soda dans les fesses
C’est surtout le lipofilling fessier qui a la côte en ce moment, avec des modèles comme Kim Kardashian, Beyoncé ou Nicki Minaj dont les cambrures et le « big booty » font rêver les plus jeunes sur les réseaux sociaux. Entre 2010 et 2016, l’IMCAS constatait une augmentation importante de chirurgie esthétique des fesses, multipliées par trois en six ans. Et une volonté d’aller toujours plus loin, comme le note le Dr Benhamou : « 80% des patientes estiment, avant l’intervention, que la quantité de graisse réinjectée est insuffisante et qu’une deuxième séance sera nécessaire. Après six à douze mois – période d’attente nécessaire entre deux opérations – elles sont 20% à redemander une injection. »

Des formes plantureuses sources de nouveaux complexes chez les Occidentales, habituées à la valorisation des corps filiformes. « Chez les Antillaises ou les Brésiliennes, avoir un volume fessier important est un objectif qu’elles convoitent, pour certaines, depuis leur enfance. Elles font des squats tous les jours depuis des années et finissent par passer à l’injection de graisse pour atteindre ce qui leur semble être la norme pour séduire », appuie le spécialiste.

La quantité de graisse injectée n’excède pas 450 millilitres. « C’est l’équivalent d’une canette de soda. Au-delà, ça devient difficile, car la graisse doit se faire une place entre différents lobules graisseux déjà existants pour pouvoir s’insérer. Après, il faut attendre que ‘ça prenne’ avant de réitérer l’intervention. »

L’injection dans les seins, un résultat naturel et sans cicatrice

Pratiqué lors d’une reconstruction et d’une augmentation mammaire, le lipomodelage -ou lipofilling mammaire- dure environ une heure et ne laisse aucune cicatrice. « Il ne faut pas espérer gagner plus d’un bonnet car, comme pour le lipofilling fessier, la graisse injectée est limitée. Dans le cas d’une reconstruction mammaire après mastectomie, plusieurs séances sont généralement nécessaires », note le Dr Vitale. Dans le cadre d’une reconstruction, l’intervention est prise en charge par la Sécurité sociale.

Plus naturelle qu’une prothèse dont les risques d’usure et de rupture peuvent nécessiter une explantation -un remplacement des prothèses-, l’injection de graisse « respecte la forme du seins », appuie le Dr Benhamou.

Brigitte a raconté à L’Express son parcours long et douloureux pour reconstruire son sein après une ablation en 1992. Fissure d’une prothèse, inflammation nécessitant une explantation, seins asymétriques… au milieu des années 2010, la jeune femme décide d’opter pour le lipofilling, une intervention encore peu connue à l’époque de sa maladie. « Ça a été une révélation. Je n’ai eu aucune douleur, sauf aux endroits où la graisse avait été prélevée, mais ça ne dure pas. Et surtout, c’était la première fois que j’avais l’impression d’avoir un sein car contrairement aux prothèses, il est chaud et souple », témoigne-t-elle.

Rétablir les volumes du visage

Quant au lipofilling du visage, il s’associe souvent à un lifting. « Si on ne fait que remplir le visage, on risque de se retrouver avec un rendu bouffi, raconte le Dr Benhamou. C’est quelque chose qu’on observe aux Etats-Unis notamment. Ici, on préfère tirer la peau en excès sur le visage pour ensuite injecter la graisse, le résultat est beaucoup plus naturel. »

La méthode permet aussi de combler une perte osseuse due à l’âge et ainsi de rétablir l’ovale du visage. Les pommettes, le menton, les sillons nasogéniens et les tempes sont les zones les plus concernées par le lipofilling du visage.